l’histoire du domaine


À cause de la terre et seigneurie de Poullayne à luy nouvellement dvenu à cause de
damoiselle Katherine du Bois sa femme tenue en fief des venerable trésorier et
chappitre de ladicte saincte chappelle à cause de chasteau chastelennye et
baronnye de Graçay.

(AD 18, 8G/2050, aveu 1525, François Herpin)

Origine de Poulaines

Le territoire de Poulaines est occupé depuis l’Antiquité ; dès la fin du 1er siècle il est desservi par une voie romaine reliant Chabris au Nord à Argentomagus au Sud. De cette même période gallo-romaine datent également la fondation de quatre domaines, de quatre villæ, à Cungy, Poulaines, Aubigny et Chambon. Le nom de ces trois premiers lieux-dits feraient échos à ceux de leurs propriétaires, de leurs maîtres : Congius, Paulinus et Albinius.

Autour de l’an 1000, des premiers seigneurs de Poulaines, les fondateurs du prieuré de Saint-Saturnin, nous ne savons rien si ce n’est qu’ils dépendent très tôt, de la baronnie de Graçay. La présence d’une demeure seigneuriale est attestée depuis le Haut Moyen Âge.
1340, Pierre III de Graçay est seigneur de Poulaines. Poulaines fait partie de la baronnie de Graçay.
1371, Vente de la baronnie de Graçay par Renaud VI de Graçay à Jean de Berry.
1392 ou 1405
Donation de la baronnie de Graçay aux chanoines de la Sainte Chapelle de Bourges, créée par Jean de Berry.

 

XVe siècle Hôtel, château, maison forte ? La résidence des seigneurs de Poulaines.

Le meurtre de Guillaume de Gy par Hélie de Tranchecerf et Renaud VI de Graçay fait entrer le destin de Poulaines dans cette grande période de rivalité puis de guerre entre les ducs de Berry et de Bourgogne. En effet, lorsque Pernelle de Graçay, héritière de Poulaines, épouse Antoine du Bois, elle épouse un proche des ducs de Bourgogne. Les du Bois sont originaires du Berry, comme les Graçay. Ils rejoingnent la cour de Bourgogne avant 1407, date à partir de laquelle Guillaume du Bois, père d’Antoine, est écuyer de cuisine du fils de Jean sans Peur, futur duc de Bourgogne après l’assassinat de son père sur le pont de Montereau en 1419. Les du Bois, Guillaume puis Antoine, accompagneront les ducs de Bourgogne pendant tout le conflit les opposants aux Armagnacs.
1432 :
Mention de « l’Hôtel de la Demeurance », d’un grand portail et d’un colombier. Sont mentionnés sur le domaine : une maison, une grange et une bergerie. Dans le cas de Poulaines, l’utilisation du terme d’hôtel au XVe siècle puis le passage à celui de château à une date indéterminée révèle à la fois une évolution de langage et une évolution architecturale. En effet, les premiers documents conservés qui décrivent Poulaines montrent qu’au XVe siècle l’hôtel de Poulaines n’était pas un édifice fortifié. Le fait n’est pas surprenant si l’on considère qu’aux XIVe et XVe siècle, les seigneurs de Poulaines et les barons de Graçay étaient les mêmes ou appartenaient à la même famille. La proximité des deux sites ne devait pas rendre nécessaire la multiplication des fortifications, bien au contraire.
La seigneurie de Poulaines entre dans le patrimoine des du Bois et se transmet entre les générations. La guerre entre les Bourguignons et les Armagnacs prend fin en 1435 avec la signature du traité d’Arras réconciliant le roi de France, Charles VII, et le duc de Bourgogne, Philippe le Bon.
Si les du Bois administrent bien la seigneurie de Poulaines, et les autres possessions héritées des Graçay en Berry pendant la seconde moitié du XVe siècle, il faut attendre le début du XVIe siècle pour que le domaine de Poulaines soit réellement habité par ses seigneurs. Le mariage de Catherine du Bois, petite- fille de Pernelle de Graçay, avec François Herpin, vers 1504-1505, signe le retour des du Bois en Berry et la reprise en main de Poulaines par ses seigneurs après des dizaines d’années d’abandon.

 

XVIe siècle

En 1504-1505, l’hôtel est (partie Sud-Ouest) est rebâti suite au mariage de Catherine du Bois et François Herpin. Le château qu’ils construisent est très proche de celui que l’on peut voir encore aujourd’hui. C’est vraisemblablement sur les caves de l’ancien hôtel médiéval de Poulaines, que François Herpin et Catherine du Bois font construire un vaste corps de logis avec une « tour attenante » c’est-à-dire semi hors-œuvre. Le vraisemblable remploi des anciennes caves indique la conservation de l’orientation générale du logis. Sa façade principale regarde vers le sud-est en direction du Poulain et tourne légèrement le dos aux vents d’ouest dominants tout en profitant de la luminosité et de la chaleur du sud. Cet ensemble de bâtiments, constituant le château de Poulaines, avec son colombier, ses fossés et ses étangs, est de style Renaissance.

 


La dendrochronologie a daté les deux parties ouest et est du château des années 1504-1507 pour
l’une et 1519-1520 pour l’autre.
 La période de travaux révélée par l’étude de Dendrotech correspond
donc pleinement à celle de la détention de la seigneurie de Poulaines par François Herpin et
Catherine du Bois, entre leur union vers 1504 – 1505 et le décès de François Herpin en 1525.


 

XVIIe siècle

La métairie de la Porte est mentionnée dès 1608. Ce n’est pas une acquisition, mais une fondation par François Herpin et Catherine du Bois au siècle précédent.
Côté château, le bâtiment des communs situé au Sud-Ouest est mentionné sur le plan terrier datant de la fin du XVIIe siècle.
En 1690, pour la première fois, le seigneur de Poulaines n’a plus de lien de parenté avec la famille de Grâçay.

 

XVIIIe siècle

Des travaux sont entrepris sur le manoir à partir de 1712 par Jacques de Noblet et Henriette de la Valette. Des réparations sont réalisées pour « améliorer les maisons » : « ajouts de volets aux fenêtres et réparation de carreaux, murelles et vitres ». Un colombier est mentionné.
Entre 1741 et 1764, une autre campagne de travaux est menée par Hippolyte du Coudreau et Jeanne de la Marche. C’est sans doute à cette époque que la partie Sud-Ouest du manoir est remaniée : de nouvelles ouvertures et lucarnes sont créées dans le style classique, un nouvel escalier droit est également construit à l’intérieur du château, tandis qu’un premier jardin d’agrément, entouré de douves, est mentionné « au septentrion ».
Jacques de Noblet et Henriette de la Valette meurent sans descendance.
Le domaine est mis en vente par un groupe d’héritiers, qui en raison de l’impossibilité de diviser matériellement les biens dont ils héritent sans leur faire perdre de leur valeur, décident de s’en séparer.

 

XIXe siècle

1799, rachat du domaine de Poulaines par Jean-Baptiste–Hippolyte Godeau d’Entraigues. Une campagne de restauration est entreprise. Le bâtiment des communs Sud-Ouest est restauré en 1801, avec des pièces de charpente de réemploi.
Il faut attribuer aux Godeau et ensuite aux Brettes une contribution importante dans la transformation du domaine de Poulaines et en particulier dans l’aménagement d’un nouveau jardin d’agrément, à l’emplacement de l’actuel chemin d’eau et de ses alentours. La dimension agricole de l’ancien domaine demeure mais se concentre uniquement autour de la métairie (bail à fermage de 1806). C’est probablement à Jean-Baptiste-Hippolyte Godeau qu’il faut aussi attribuer un plan d’aménagement des terres et jardins de Poulaines. Au-delà du type de plantation effectué sur chaque parcelle, ce plan montre aussi l’aménagement de chemins et du Poulain, d’une perspective partant de la cour du château et rejoignant l’autre rive du ruisseau, et du plan en carré du jardin qui se trouvait à l’arrière du château.
1846, Anne de Brettes (dont la mère appartient à la famille des Godeau d’Entraigues) épouse son cousin le vicomte Martial de Brettes, qui devient maire de Poulaines en 1880.
Au milieu du XIXe siècle, le bâtiment des communs et la chapelle situés devant le château, mentionnés sur le cadastre Napoléonien de 1811, sont démolis pour être remplacés par un nouveau bâtiment destiné aux écuries, au nord-est.
Vers les années 1880, Martial de Brettes fait planter le séquoia, encore visible aujourd’hui, dans l’avant-cour, à la place du commun détruit.

 


Martial de Brettes |  Militaire & Herboriste

Le Vicomte Martial de Brettes est né en 1814 dans les Antilles. En 1846 à Poulaines,
Il épouse sa cousine Anne de Brettes (dont la mère appartient à la famille des
Godeau d’Entraigues, qui possède le château de Poulaines depuis 1799).

Une carrière militaire lui permettra de parcourir le monde et d’assouvir sa
passion pour la botanique. Parce que Martial de Brettes est avant tout un
herboriste. Durant les années 1850, il participe notamment à une exploration
scientifique en Algérie, à la découverte de la flore locale, sur ordre du gouvernement.
Parti en retraite en 1870, Martial de Brettes revient à Poulaines. Il en devient le maire en 1880.

À l’aube de la 1e Guerre Mondiale, alors âgé de 90 ans et malgré les séquelles d’une
jambe trouée lors de la guerre de Crimée, il explore encore les environs de sa propriété.
Il décède en 1905, à 91 ans.

Ses longues années d’herborisation ont permis à Martial de Brettes de constituer un
herbier qui sera légué à la Société botanique du Limousin, où il se trouve encore
actuellement, incorporé à d’autres collections. On estime le nombre de ses
planches à plus d’un millier.


 

XXe et XXIe siècles

1991, achat du « château de Poulaines » par la famille Esnault et début de restauration du bâti.
De 1995 à 2014, achat des bâtis de la métairie de la porte et de parcelles à plusieurs propriétaires, afin de reconstituer le domaine de Poulaines.
À partir de 1998, création de jardins contemporains autour des essences existantes.
2012, première ouverture au public pour les Journées du Patrimoine.

2014 : Jardins labellisés « jardins remarquables », ouverts au public.

Aveu de Guillaume du Bois aux barons de Graçay, 1450 [AD 18, 8G/2085, sept. 1450]

Charpente du corps ouest, 1504-1505 (datation acquise)

Plancher du corps est, 1509-1520 (datation acquise)

Plan du cadastre napoléonien (attribution du plan d’aménagement à Jean-Baptiste-Hippolyte Godeau, 1806)

(d’après l’étude historique du Domaine de Poulaines par M. Pol Vendeville –2019-2020)